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vendredi 28 septembre 2007

Café Trottoir - Guy

Ma première expérience du café trottoir peut être résumé en un seul mot : Overwhelming!!!

Date: Vendredi 28 Septembre 2007
Lieu de rencontre: C.B.M sur Queen Mary
Heure: 18h30

Je suis arrivée...rentrée...montée...

Karel était entrain d'emballer des muffins, le voyant seul, je suis allée le saluer. J'avais un gros sourire sur mes lèvres, tellement j'étais contente d'être là. Mon regard était fixé sur le tableau blanc, sur lequel 7 colonnes avaient été tracé au marqueur vert. Je lis les titres (il en manque...je ne me souviens plus): Guy / Beaudry /Mont Royal / Viger / Place des Art /Prière
Certains noms étaient déjà indiqués sur le tableau blanc, dont Ricardo. Il est un nouveau membre comme moi. Il m'avait dit qu'il ne pensait pas pouvoir venir, et à ma grande surprise, le voilà qui était présent. J'étais heureuse, car je n'allais pas être la seule nouvelle, et cela me rassurait.
Karel nous a demandé de continuer d'emballer les gâteaux et les muffins qui allaient être distribués aux itinérants. Nous nous y sommes exécutés. La sonnette se faisait entendre, et à chaque sonnerie, d'autres venaient nous rejoindre. Au fur et à mesure que les gens arrivaient, les noms se rajoutèrent au tableau. Mon nom avait été inscrit sous 'Guy'...
Un thermos de soupe, un thermos de café, 2 boites de gâteaux (Joe Louis et May West), un sac de bagel, un sac avec des muffins, un sac avec des cannettes de coke...des goblets de crème et de lait, des sachets de sucre, des napkins, des bâtons pour mélanger et une liste avec des noms d'organisme, voilà ce que contenait chaque sac à dos.
Il est 19h00. Nous nous sommes rassemblés dans la petite Chapelle pour faire une courte prière avant de partir faire la rue Ste-Catherine.
Dans mon équipe, Karel, Sabine, Christine, Jean Louis. Notre trajet était à partir de Guy à McGill. Nous avons stationné dans le parking des Soeurs Grises. Au coin de Ste-Catherine et Guy, nous avons fait le Notre Père avant de débuter notre "mission". Nous nous sommes séparés en 2 équipes. Karel et moi; Sabine, Christine et Jean Louis. Chaque coté de la rue, nous commencions.
Tout au long de la semaine, j'imaginais...non, j'essayais d'imaginer dans quoi je m'embarquais. Anxiété, peur, nervosité et bien d'autres sentiments étaient au rendez-vous, mais ce soir là, j'étais heureuse, sourire aux lèvres...j'étais en paix. Je ne m'étais jamais sentis aussi bien, et nous n'avions même pas encore commencé.
Karel et moi discutions en marchant. Il m'initiait en fait à cet expérience. Lorsqu'on aborde un itinérant, s'assurer de se mettre à son niveau. Ça a du bon sens!!! Nous ne sommes pas là pour jouer au sauveur, mais simplement pour être un ami, une amie à ces gens.
Thérèse, une hispanophone est la première personne que nous avons rencontré. Elle était assise par terre, une pancarte entre les mains. Nous nous sommes assis auprès d'elle. Karel lui demandait si elle voulait quelque chose à manger, nous lui avons "réciter" les items que nous avions sur nous. Après lui avoir offert à manger, nous voulions nous assurer qu'elle avait tout ce dont elle avait besoin, pour manger à sa faim. Je voulais lui en donner plus, mais elle refusait, nous disant qu'il y avait d'autres personnes qui en avait besoin. Elle nous remercia de notre gentillesse, et nous avons continué notre trajet. Cette femme vivait dans la misère, non, cette femme vit présentement dans la misère, et elle pense aux autres. Elle trouve le moyen de penser aux autres. Compassion. Compassion est le mot qui décrit cette femme. J'apprends d'elle.
Un dormeur, un jeune dans sa 20taine était notre 2e rencontre. Il dormait là, devant les regards de tous, mais il semblait se fondre dans le décor du centre-ville. Ses souliers étaient bien alignés, ses effets personnels bien pliés et bien rangés. Enveloppé dans ses couvertures, il essayait de dormir. Nous ne voulions pas le déranger. Karel m'expliquait donc que lorsque certains dorment, il est préférable de laisser des aliments emballés afin d'éviter que les gens y dépose des déchets ou tout autres choses à l'intérieur pendant que ceux-ci dorment. J'ai donc pris une cannette et un petit gâteau que je remis à Karel qui est allé déposer près du dormeur, mais celui-ci refusa. Il n'y a pas de mal à cela, nous n'avons pas à le forcer. Fierté. Fierté est le mot qui décrit ce jeune, d'après ce que j'ai pu ressentir. Ce n'est pas tout le monde qui est en mesure d'accepter et de recevoir de l'aide d'étrangers comme nous. J'avais la gorge serrée...
Un peu plus loin, près des portes du centre d'achat, Roberto était assis au rebord d'une des vitres. Un homme dans sa 50taine...il vient de Budapest. Nous lui avons offert à manger, il a refuser au début, mais plus nous lui parlions, plus ce dernier semblait s'ouvrir et accepter notre aide. Nous lui avons offert une soupe d'abord, ensuite un bagel, un maywest et finalement un café. Il aime son café noir soit la manière dont sa mère prenait le sien. Il s'est ouvert à moi. Un petit commentaire qui m'a remplis d'émotion. Tristesse m'envahit. Il s'ennuyait de son chez lui...
Persévérance. Persévérance est le mot qui décrit Roberto. Malgré sa tristesse, il trouvait le moyen de me sourire, sourire que je lui ai rendu pendant qu'on lui servait à manger. J'avais mal aux jambes, mais ai-je droit de me plaindre? Je ne pouvais pas concevoir cette idée, je ne pouvais pas, surtout après avoir rencontré ces personnes. En offrant à manger à Roberto, un homme nous a approché: Robert. Il nous a demandé si nous avions quelque chose de chaud à manger. Karel l'a reconnu. Normalement, il est de l'autre côté de la rue m'a t-il dit. Nous nous sommes empressé à lui versé de la soupe...et encore. Il a bien aimé! Merci aux Soeurs de Sainte-Croix qui ont préparé la soupe. Je ne trouve pas de mot pour décrire ce que je ressentais avec Robert. Il semble venir et partir avec le vent sans soucis, même si je sais qu'il a un passé, une histoire qu'un jour il nous racontera peut-être.
De l'autre côté de la rue, un jeune dans sa fin 20taine ouvrait la porte aux clients, demandant un peu de monnaie. Karel le connaissait, il se faisait appelé Bobby. Nous essayions de ne pas le déranger dans son travail, nous lui avons donné du café. "How would you like your coffee Bobby? Anything is fine really. We have everything, cream or milk, sugar. It's up to you. 2-2 then. Thanks. "et avons continué notre chemin. Lui non plus, je ne sais pas comment le décrire, mais je sais que j'étais de plus en plus triste. J'étais heureuse de pouvoir leur offrir à manger, et discuter et passer du temps avec eux pour faire paraître la soirée moins longue, mais après...qu'allaient - ils faire?
Dimitri, un vieil homme dans la mi 50taine essayait d'offrir une belle rose aux jeunes femmes qui passaient sur le trottoir. J'ai capté le regard d'une des femmes qui l'évitait et c'est à ce moment que j'ai réalisé pour la première fois la personne que j'étais à leurs yeux. J'ai vu dans le regard des passants de la colère, mais en fait plus de "annoyance" que d'autre chose. Je me suis reconnue. J'ai déjà eu ce regard face à eux. J'ai leur ai déjà manqué d'intérêt. Quelque chose est venu me frapper à l'intérieur de moi-même. J'ai eu honte. Non, j'avais honte, honte de la personne que je suis. Cet incident m'a fait ouvrir les yeux, m'a fait ouvrir le coeur tout en serrant ma gorge. Je les mettais tous dans le même panier. Je les considérais comme étant pareil, mais en réalité, ce sont des individus à part entière, unique au monde. Je L'ai vu, Lui, parmi ces itinérants. Je me suis mise à les aimer. Esprit de partage. Esprit de partage décrit la personne qu'est Dimitri. C'est un homme formidable. Il a plein d'histoire à nous raconter et un sourire à nous offrir. Point avare, il partage avec les autres de la rue. Comme l'a si bien dit Christine, il ne pense pas au lendemain, il ne pense pas à ce qui pourrait arriver de pire, car il est déjà à ce stade, alors il partage ce qu'il a aujourd'hui. Belle leçon de vie.
La dernière personne que nous avons rencontré, Martin Hernandez. Un homme dans la 40taine je crois. Il était assis par terre, accoté contre le mur et le regard baissé. Nous lui a vons demandé son nom, et ensuite Karel s'est présenté et je fis de même. Lorsqu'il a dit son nom, je lui ai demandé "De donde esta usted", essayant de gagner sa confiance, de le mettre à l'aise. Il nous a demandé de quel organisme nous faisions partis et lorsqu'il a compris que nous étions chrétiens, son visage s'est illuminé. Lui aussi il est chrétien, et sa manière de saluer est simplement frôler son poing avec le notre. Sans torturer la langue espagnole, j'essayais de lui offrir quelque chose à manger, mais il n'avait pas faim, ni soif...il avait tout simplement besoin d'une couverture. Plus il essayait de nous expliquer sa situation, plus j'entendais ces pleurs étouffés. Il essayait de se ressaisir, d'être fort devant nous...:" llores Matin, no importa". Il nous a donc demandé de le laisser seul. Nous avons tout de même réussit à lui laisser un sac de bagel frais et des cannettes de coca cola. Il nous a remercié, et nous lui avons rappeler que nous venons à chaque vendredi...il nous envoya un sourire.

Tout au long de la soirée, j'avais un sourire aux lèvres, mais à chaque rencontre, quelque chose se passait en moi. Je voudrais tant faire plus, je voudrais tellement pouvoir les faire sortir de la misère...

Je veux continuer, je vais continuer à faire ce trajet. Je veux qu'ils me reconnaissent quand je passerais, je veux être une amie pour eux. Une personne à qui ils peuvent se confier...pour enlever un peu du fardeau qu'ils portent sur leurs épaules.

Cette expérience restera à tout jamais gravé dans ma tête...